Interview de Marc Marie-Louise, Hypno-coach, Coach Sportif, Préparateur Mental, Intervenant à l’ECH

Préparation mentale : derrière ce terme fréquemment occulté en France, se cache une foule d’idées préconçues ou concepts encore inexplorés, souvent à tort. Afin d’y voir plus clair et dessiner l’ébauche d’une réflexion, suggérer quelques pistes ; nous sommes allés à la rencontre de Marc Marie-Louise, ancien compétiteur, préparateur physique et coach mental, intervenant auprès de nombreux athlètes, et depuis peu : l’équipe de France de MMA amateur.

Marc, comment es-tu venu à t’intéresser à la préparation mentale ?

Ayant pratiqué de nombreuses disciplines martiales et pugilistiques, j’ai pris conscience d’un vrai manque au sein de ces activités qui ne généraient pas d’argent. A l’époque, la notion de préparation mentale était occultée et l’athlète devait se débrouiller par lui-même. On pensait alors à un mélange entre physique et mental, et tout passait par l’entraînement et d’inlassables répétitions techniques qu’on reproduisait le jour J. Pour autant on se rendait compte de nombreuses failles et faiblesses lors des grandes échéances, certains sportifs ne produisant pas leur rendement maximum. Quand je cite ces exemples, je n’inclus dedans. J’ai participé à plusieurs Championnats du Monde en individuel dans différentes disciplines, et j’e n’ai jamais pu aller au-delà la médaille d’argent. Etant donné qu’il y avait ce blocage de la médaille d’or, je pensais que le mental passait par la rage, que c’était notre moteur alors qu’en fait, nous avons une réalité plus complexe, plus structurée. C’est suite à diverses rencontres qui ont changé ma vision radicale de l’entrainement, de la performance et du résultat, en particulier celle de Dany Dan Debeix (fondateur de l’école centrale d’hypnose), que j’ai inclus et consacré plus de temps à mon mental. Grâce à cette orientation et cet investissement, j’ai remporté le titre de champion du monde de Jujitsu à Berlin (1998).

Justement comment définir le mental, ou la préparation mentale ?

La préparation mentale est constituée par une chaîne de techniques pédagogiques, des clés permettant de mobiliser au mieux ses ressources en fonction des exigences de la situation rencontrée. On l’utilise avant, pendant et après l’évènement concerné.

Préparateur mental, psy ou coach ?

Certaines personnes font l’amalgame. Le rôle du psy est de t’apporter des solutions pour aller mieux dans ta vie de tous les jours, le préparateur mental lui, est là pour l’épauler, t’accompagner et te donner les clés pour être prêt. Que tu puisses jouir de tes capacités à la seconde de ton passage le jour de la compétition. Néanmoins, les deux approches peuvent être complémentaires et le recours au psy nécessaire pour un athlète dont certains maux peuvent être plus enracinés. Quelque part tout sportif a besoin d’un coach, un coach de vie.

Quels sont les outils requis ?

Ils sont nombreux et variés : Il y a tout d’abord, l’imagerie mentale, les diverses techniques de relaxation, respiration, mais également ce qu’on appelle, l’intelligence émotionnelle, plus connue sous l’acronyme PNL (Programmation Neuro-Linguistique) ou encore la sophrologie et bien entendu l’hypnose pour la plus grosse part qui a été pour moi une révélation. Tout sportif devrait mettre un protocole en place, en fonction de ses sensibilités : cela peut-être religieux (une prière), une pensée positive quotidienne, un mot pour soi, ou tout autre rituel lui apportant un certain confort affectif, donc une sécurité.

Quel est l’intérêt de l’hypnose en particulier ?

C’est un ensemble de techniques et d’outils permettant d’établir ses repères, de devenir autonome, de se protéger, de s’auto-motiver, d’analyser, comprendre et agir au moment opportun. C’est une découverte de soi en profondeur, à travers le conscient et l’inconscient, afin de maitriser, corriger et transformer ses faiblesses et ses forces. Pour exemple, l’hypnose et l’auto-hypnose permettent le « lâcher prise », pouvoir être en phase avec soi-même et prendre de la distance avec tout ce qui pourrait nous parasiter. L’hypnose est partout, son grand intérêt de par son utilisation, il est à la fois simple, précis, rapide, et efficace, c’est pour cela que je l’ai choisi, il est aussi à la portée de tous. Nous pratiquons l’hypnose et l’auto-hypnose au quotidien de manière inconsciente sans pour autant avoir les facultés de savoir s’en servir en tant que clé et repère.

Le monde des arts martiaux est-il plus difficile qu’un autre ?

Moins aisé, je ne sais pas, mais extrêmement ardu à n’en pas douter et aujourd’hui avec la difficulté du quotidien pour un jeune, le manque de sponsors, les problèmes sont exacerbés. Dans le monde des sports de combat, les difficultés résident dans le fait d’être là physiquement, savoir accepter les coups et repartir avec efficacité alors que ce n’est pas du tout ça dans la réalité. Un coup de poing dans la tête peut-être dévastateur et je vais prendre mon exemple personnel pour étayer mes propos. Nous sommes à Rome lors des Championnats d’Europe de Kung-fu Sanda et je reçois un coup de poing de la part du Champion du Monde en titre. Je ressens alors une intense brulure derrière la tête. Et bien je peux te dire que ce coup de poing m’a fait mal et suivi pendant deux ans et sur le ring j’étais victime d’une certaine appréhension sur l’aire de combat. À l’époque je n’avais personne à qui parler et j’ai dû travailler par moi-même. La parole est donc primordiale, et possède un côté curatif qui permet de panser bien des blessures.

Dès lors, la préparation mentale semble indispensable ?

C’est le cas ! Elle est même incontournable. Tant que tout va bien on ne s’en préoccupe pas : le corps suit, et les résultats sont là mais dès qu’une fêlure apparaît et que le doute s’installe alors le danger se profile à l’horizon et les dommages peuvent être nombreux. Je prends souvent l’exemple du tabouret dont sa stabilité repose sur trois pieds. Parfois, un pied peut venir à manquer à l’athlète, dans ce cas, le rôle du préparateur mental est de parvenir à créer ce troisième pied et le rendre visible dans l’esprit du sportif : il s’agit d’un retour d’une mise en confiance, avec un rétablissement de l’équilibre émotionnel. Certains athlètes sont moins forts physiquement mais sont des monstres sur le plan mental, ils possèdent les clés et savent les utiliser au moment opportun. Pour remarquer et illustrer différemment mon propos, la blessure mentale n’est pas quantitative dans le temps alors que la blessure physique l’est.

Quels sont les athlètes qui t’impressionnent à l’heure actuelle par leurs qualités mentales ?

Je citerais volontiers, le biathlète français, double champion Olympique (2014), Martin Fourcade. Un type vraiment impressionnant dans la tête, la détermination se lit sur son visage. Sébastien Loeb le pilote de rallye avec ses neuf titres consécutifs WRC est également un modèle du genre. Le gars était prêt à chacune de ses échéances. Sur le plan collectif, je pourrais citer notre équipe nationale de handball et son entraîneur Claude Onesta qui est parvenu à tout rassembler : préparateur mentale et brillant tacticien. Je ressens une admiration sans borne pour Aimé Jacquet qui est parvenu à créer une osmose entre les joueurs malgré des caractères en apparence incompatibles. J’ai regardé le documentaire : les yeux dans les bleus à de nombreuses reprises ! Je suis fan du bonhomme.

Prenons un cas concret, nous sommes avec un athlète, le jour du combat, comment procèdes-tu ?

Physiquement, nous sommes sur un travail plus doux : le réveil musculaire, le décrassage : c’est donc l’occasion de revenir avec lui sur son ascension, comment en est-il arrivé là ? Nous travaillons alors de manière à visualiser la victoire, qu’elle lui apparaisse comme une évidence en activant les processus de la gagne avec les différents protocoles, repères et ancrages, fournis par l’ensemble des outils et techniques hypnotiques. Après il faut garder en tête que ce type de travail de dernière minute s’intègre à une préparation de fond et que les fondations s’établissent bien en amont par tout un tas d’ancrages et repères. L’émotion ressentie lors d’un Championnat du Monde, d’Europe ou dans le cadre des Jeux Olympiques peut être source de déstabilisation, aussi il convient de préparer l’athlète à pouvoir absorber cette vague de sentiments. Si l’athlète effectue la démarche de venir chercher un préparateur mental, cela constitue une grande preuve d’ouverture : il ne faut pas attendre la défaite pour dire : « Si j’avais su ! », Nous sommes tous fragiles, personne n’a été créé pour prendre des coups.

Et le fameux burnout ?

Le burn-out est un état grave, lorsque l’athlète disjoncte bien souvent suite à une saturation au niveau de l’entrainement et par le biais de facteurs environnementaux (problèmes familiaux, amoureux ou encore financiers…) : il s’agit d’une accumulation, mêlant fatigue morale et physique. Nous pouvons également penser à l’après carrière et le manque de suivi des athlètes issus de nos disciplines au sein desquelles l’argent manque parfois cruellement. Je serais curieux de savoir ce que sont devenus de nombreux champions bien souvent anonymes. Je ne suis pas sûr que certains aient réussis à franchir ce cap difficile de l’après carrière, tant sur le plan mental que physique.

Tu as des lectures à nous conseiller pour aller plus loin ?

Je pense que l’ouvrage de référence en la matière, notamment transposable à nos disciplines pourrait être l’Art de la guerre de Sun Tzu.

Quelques définitions

La Sophrologie : La sophrologie (du grec ancien (sôs), (« bien portant »), phren (« conscience ») et logia (« étude ») est une technique de développement personnel qui s’intéresse à l’étude de la conscience individuelle, dans une approche phénoménologique visant à tenir compte de l’historicité de chacun. Elle a été créée en 1960 par Alfonso Caycedo, médecin neuropsychiatre colombien, qui l’a ensuite renommée en sophrologie caycédienne pour se distinguer d’autres courants de la même méthode apparus par la suite.

La PNL : La programmation neuro-linguistique (acronyme français : « PNL », est un ensemble coordonné de connaissances et de pratiques dans le domaine de la psychologie fondées sur une démarche pragmatique de modélisation, en ce qui concerne la communication et le changement. Elle a été élaborée par Richard Bandler et John Grinder dans les années 1970, aux Etats-Unis. La PNL vise à améliorer la communication entre individus, à s’améliorer personnellement.

L’hypnose : (Selon Marc Marie-Louise) L’hypnose est un état élargi de la conscience permettant une plus grande suggestibilité dans le but de provoquer des changements, physiques, psychiques, moraux, mentaux, intellectuels, affectifs, sentimentaux, professionnels et même neurobiologiques.

L’image mentale : Le terme image mentale est utilisé en philosophie, dans le domaine de la communication et en psychologie cognitive pour décrire la représentation cérébrale mémorisée ou imaginée d’un objet physique, d’un concept, d’une idée, ou d’une situation. La capacité particulièrement développée des êtres humains à former, mémoriser et utiliser des images mentales, pour appréhender l’environnement et communiquer avec les autres, est intimement liée à l’intelligence humaine.